La commedia dell'arte
Ou l'art de voir la vie pour ce qu'elle est.
Sur invitation de Johanne.
Il y avait un petit moment que je n’avais pas répondu à l’invitation de Johanne. Cette fois-ci l’image sur laquelle nous sommes invités à écrire est dans le texte Carnaval de plumes et de cornes.
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Je suis plutôt laid. Mais certains me trouvent beau. Parce qu’ils sont en mesure de voir au-delà des apparences, ils sont capables de voir le déploiement de l’oeuvre, la maîtrise de l’artiste derrière celle-ci ainsi que l’originalité de la composition.
Mais pour la plupart des visiteurs, je suis une sorte de mal-aimé.
La représentation d’une partie qui veille et surveille à l’intérieur de nous.
Celle qui saute trop vite aux conclusions. Qui réagit plus qu’elle n’agit. Qui se polarise rapidement parce qu’elle aime ou qu’elle n’aime pas.
Sans envisager qu’il serait possible d’inviter la nuance dans le dialogue.
Surtout lorsque vient le temps de toucher à quelque chose de sensible.
Je suis cette part de nous qui rugit et montre des dents lorsque nous nous retrouvons face à des vérités qui sont difficile à entendre. Qui viennent heurter nos croyances ou façons de voir.
Je suis cette dualité en chacun/e de nous, qui est toujours là à tirailler et débattre. Au point de nous faire ressentir des inconforts, que nous n’avons pas vraiment envie de voir s’installer.
Je suis ce qui voudrait comprendre le ressenti plutôt que de simplement l’accueillir.
Je suis ce qui se ferme à l’expérience plutôt que de se laisser traverser par celle-ci.
C’est pourquoi je préfère à enrober mes cornes de plumes.
Mes idées d’opinions.
Mes doutes de certitudes.
Ma connaissance de savoir.
Je suis ce qui voudrait transformer les choses afin qu’elles soient autres que ce qu’elles sont.
Je voudrais faire du beau avec la laideur, du blanc avec le noir, de la joie avec la souffrance et de l’amour avec la peur.
Je suis ce qui refuse de voir les choses telles qu’elles sont. Parce que c'est difficile de voir les choses telles qu’elle sont. Très difficile.
Cela ne fait aucun sens.
Or, l’humain a besoin de sens.
Aussi, il masque.
Il arrondi les angles et cherche des explications. Raconte des histoires qui introduisent du sens à un monde qui pourtant n’a en pas véritablement.
Qui peut dire avec certitude où s’en va ce monde, qu’adviendra-t-il de notre planète, ce système solaire ou cet univers dans lequel nous vivons?
Nul ne le sait.
Et ça, c’est terriblement angoissant lorsque nous nous assoyons réellement pour y penser.
Nous ne savons pas où s’en va la vie. Ni si elle nous sera enlevée dans les prochains mois, les prochaines heures, les prochaines minutes même.
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Il y a quelque chose de terriblement beau dans notre désir de vie, dans ces mécanismes de survie qui nous habitent.
Ce n’est pas à combattre, c’est à admirer.
L’intelligence du vivant, que ce soit celle qui est en nous, qui anime ce corps, lui apporte énergie, émotions et pensées, ou que ce soit celle qui anime l’ensemble de la création, cette nature avec ses cycles et ses répétitions, tout ça…
C’est époustouflant.
Chaque instant est orchestré par un maître de la musique universelle dont nous n’entendons pas toute la symphonie.
Mais seulement de toutes petites parties.
C’est comme ça et nous ne pouvons rien y faire.
Nous sommes limités dans notre perception, dans notre compréhension, dans notre écoute et notre vision. Nous transportons nos petits bouts de vérité à bout de bras, espérant trouver chez l’autre un peu d’écoute, de tendresse, de réconfort, de compréhension.
Parfois ça fonctionne, parfois non.
Parfois nous sommes accueillis et compris, parfois non. Nous pouvons tenter d’expliquer, de justifier parce que c’est ce que demande toute relation faite d’un minimum de bienveillance. Mais il faut savoir aussi quand s’arrêter. Quand nous avons exprimé clairement ce que nous souhaitons ou ne souhaitons pas et que cela n’est ni écouté, ni respecté. Quand il faut aussi cesser de trop vouloir se justifier.
Bien sûr, souvent ça fait mal de vivre ça. De vivre le rejet, l’incompréhension, l’impossibilité de se rejoindre dans la communication.
Mais c’est ça le jeu de la vie. C’est de vivre avec intensité ce jeu de la dualité.
Parce que ce jeu, il peut être merveilleux.
Nous vivons dans une sorte de commedia dell’arte1 ou nous empruntons à tour de rôle les rôles des maîtres, valets, amoureux et servants. Le canevas est là, la trame de l’histoire dans ses grandes lignes est déjà établie, mais il y a aussi beaucoup d’espace et de place à l’improvisation. Nous usons des lazzi selon notre gré et notre fantaisie, afin de relancer l’histoire ou le débat quand nous sentons que l’intrigue s’essouffle ou manque de rythme. Nous aimerions à toujours jouer le rôle du bon, mais par moment, il nous faut aussi accepter de jouer le rôle du méchant.
L’important, ce n’est pas tant le rôle que nous jouons, d’être le mal ou le bien aimé.
L’important, c’est de savoir tout au fond de nous qui nous sommes véritablement et de laisser la partie de se jouer, selon l’impulsion du moment.
Pour nous-même et en nous-même, nous devons avoir une relation tendre et compatissante avec nous-même.
Devenir des bien-aimés pour nous, d’abord et avant tout.
Parce que la pièce ainsi que ses règles ne changent pas véritablement. Le décor change, les costumes aussi, les modes et les époques varient. Mais les conventions et les usages de la commedia dell’arte sont encore les mêmes qu’elles ne l’étaient au 16ème siècle.
Aussi, il est bon de voir un jour que la vie est une comédie, qu’il vaut mieux apprendre à apprécier pour ce qu’elle est:
Comme un bon moment à passer.
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La commedia dell’arte est un genre de théâtre populaire italien, né au XVIe siècle. Elle se caractérise par des comédiens professionnels masqués qui improvisent à partir d’un canevas. Les représentations mêlent intrigue amoureuse, pitreries, acrobaties et lazzi (gags récurrents). Source: Wikipédia.



La commedia dell arte: Quand on s'y arrête c'est facinant de révélations des modes de fonctionnements humains, tout de même. Certains jours moi aussi la VIE m'enchante mais certains jours, "I fail to see the point" et oui, encore une dualité, pour faire changement. ;)
Point de vue intéressant et différent sur cette image! Merci !