La Souveraineté
Ou l'art de revendiquer quelque chose dont tu ne saisis pas toujours toute la portée.
J’ai déjà été indépendantiste…
De ceux/celles qui pensent qu’on peut tout faire toute seule comme une grande tout le temps. Qui ne demandent pas la permission à personne avant de se mettre en action. Qui ne regardaient pas par dessus son épaule. Qui ne se souciaient pas beaucoup des conséquences de ses actions.
J’ai déjà été nationaliste…
De ceux/celles qui pensent qu’il existe des québécois de souche. Des vrais, des purs, des durs.
J’ai déjà cru à l’idée d’un pays qui « nous appartient ».
Comme si on pouvait breveter la terre et les champs, bâtir des clôtures sur les berges des océans ou un mur de béton d’est en ouest sur près de 9000 km.
Comme si une charte ou une déclaration de souveraineté pouvaient protéger notre culture et empêcher la mentalité impérialiste de triompher.
Comme si le fait de devenir un pays allait tout régler sur la façon dont se sont passées presque 500 ans d’histoire. Dont plus de 250 se sont passées sous domination et/ou influences britannique.
J’ai déjà été souverainiste…
De ceux/celles qui croient que le partage des compétences et des pouvoirs affaibli et stigmatise ceux qui sont en minorité ou déjà stigmatisés. De ceux/celles qui croient que le fait de parler français nous enlève le droit de parole à Ottawa. De ceux/celles qui s’accrochent au passé et croient qu’il est garant de l’avenir.
De ceux/celles qui croient que nous avons quelque chose à défendre ou à protéger.
Tous ces termes évoquent une seule et même réalité: Le droit à l’autodétermination.
D’un point de vue politique, cela réfère à la capacité et au droit d’une personne ou d’un peuple à décider par eux-même, sans contrainte extérieure, en accord avec leurs propres valeurs et préférences.
D’un point de vue psychologique et social, c’est le fait d’être l’acteur principal de sa vie. Être autodéterminé signifie que l’individu agit de manière autonome, se fixe des objectifs, autorégule ses comportements et s’autoréalise.
Avant d’utiliser les mots, de les revendiquer ou de s’en revêtir, il est bon parfois de retourner au sens de ceux-ci. Juste pour prendre conscience de ce que nous sommes en train de nous approprier et bien mesurer si nous sommes en mesure de porter le poids de l’armure que nous nous apprêtons à endosser.
Être autodéterminé demande beaucoup de sens des responsabilités et de courage. À la même hauteur que cela demande d’être dans une écoute fine et réaliste de nos besoins réels.
Or, quand tu écoutes tes besoins réels, tu vois bien que l’humain est une créature grégaire, qui cherche la connexion, le lien et la vie de groupe AUSSI.
Se déclarer comme état, c’est mettre des limites. Des limites territoriales en tout premier lieu. Ensuite, un cadre économique ainsi que légal. Et ainsi de suite… Si tu imposes des limites c’est parce que tu considères qu’il en faut ou que tu en as. Tu veux que ta culture et/ou ta langue soit respectée, etc.
L’autodétermination à première vue, c’est un bel idéal. Un idéal de liberté et de reprise de pouvoir.
Mais c’est aussi un mouvement de fermeture et de repli sur soi.
L’un ne va pas sans l’autre et c’est ça que les gens ne voient pas toujours.
Toute notre réalité repose sur la dualité. Si tu revendiques la joie, tu dois accueillir la tristesse. Parce qu’un ne va pas sans l’autre et que c’est parce que tu expérimentes la tristesse que tu peux savoir ce qu’est la joie.
Si tu revendiques l’amour, tu dois accueillir la peur. La peur de perdre l’être aimé, la peur de ne pas être aimé/e, etc.
Si tu revendiques la paix, tu dois accueillir le conflit. Parce que pour demeure en paix, tu devras nommer ce qui trouble celle-ci et avoir des discussions parfois houleuses ou confrontantes avec ceux/celles qui viennent la troubler.
Plus tu deviens conscient, plus tu réalises à quel point l’autodétermination est un concept qui ne tient pas.
Parce qu’un jour ou l’autre, tu auras besoin de cet autre, ce voisin, cet étranger, ce système, cette société, ce gouvernement, cet état voisin ou cet autre pays à l’autre bout de la planète pour atteindre ces objectifs que tu t’es fixés. Pour t’écouter et te soutenir lorsque tu n’arrives pas à t’autoréguler. Pour te regarder t’autoréaliser ou profiter de tout ce que ta souveraineté et ton indépendance peut apporter de beau et de bon autour de toi.
Tu peux pas fonctionner en parallèle de la vie.
Or, la vie est un système fermé dont nous ne percevons tout simplement pas les limites. Parce que c’est trop grand et trop vaste. Mais ce n’est pas parce que nous ne les percevons pas, qu’il n’y en a pas.
L’exclusion et la séparation sont des illusions.
C’est pourquoi il faut apprendre à faire les choses ensemble et que tant que tu veux bâtir un mur plutôt qu’un pont, t’as encore rien compris.
Pour être véritablement souverain, faut d’abord savoir accepter que nous avons tous/toutes besoin de l’autre. C’est la condition de base, la prémisse qui permet d’écouter pour vrai les besoins respectifs de tous et chacun. D’ouvrir aussi un dialogue qui permet d’être ouvert et créatif dans ses façons de faire plutôt que de juste vouloir changer les choses parce qu’on veut mettre la hache dans le passé.
Bonne St-Jean!
✌️✌️✌️



Ça me fait penser qu’on passe souvent une vie à découvrir que l’autonomie n’est pas l’inverse de la dépendance. C’est savoir marcher sur ses jambes… tout en acceptant qu’un jour ou l’autre, on aura besoin d’une main. Un arbre pousse seul, oui. Mais jamais sans forêt, sans pluie, sans terre.
Les identités, les frontières, les drapeaux, ça raconte une histoire. Ça ne devrait jamais nous faire oublier qu’avant d’être des peuples, on est du monde. Pis le monde, ça avance rarement à coups de murs. Ça avance à coups de passerelles, de compromis pis de conversations qui brassent un peu. Le vrai courage, c’est peut-être pas de choisir entre le « nous » et le « eux ». C’est d’agrandir le « nous » sans effacer personne.