Le rôle de l'enseignant
Ou comment garder vivante la curiosité.
Dans la société, du moins ici au Québec, le rôle de l’enseignant/e en a pris pour son rhume au fil des dernières décennies. Historiquement, c’était un rôle très important, je dirais même une sorte de vocation, un peu comme le médecin ou le prêtre à l’époque.
Un adage dit que nous reconnaissons l’état de santé d’une collectivité à la manière dont elle traite ses enfants et ses aînés. Ce qui permet de mettre en lumière, le rôle particulier de l’enseignant et de comprendre à quel point il est important.
Un autre adage bien connu lui aussi, nous invite aussi à ne pas tuer le messager. Or, malheureusement, en ce qui concerne l’enseignant, c’est un peu ce qui lui est arrivé. Ce n’est pas tant son rôle ou l’importance de sa fonction qui a changé mais bien le système d’éducation. Un glissement, pour ne pas dire une dégradation de l’éducation a eu lieu au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle. Or, dans cette mouvance, l’enseignant a été celui/celle qui s’est retrouvé pris entre deux feux. L’éducation a suivi une tendance similaire à celle suivie par la science. Qui sont deux champs du savoir humain qui étaient là pour présumément faire de nous des gens qui comprennent mieux le monde dans lequel ils vivent et deviennent par conséquent aptes à mieux y naviguer. Mais nous l’avons vu avec la science. Toute la période des grandes guerres nous a permis de découvrir qu’il y avait une autre avenue vers laquelle pouvait se tourner la science: Le développement technologique.
Et bien, ce fût la même chose avec l’éducation. Nous avons découvert qu’elle pouvait aussi être l’outil pour développer une main d’oeuvre qualifiée, en mesure de répondre aux besoins particuliers d’une époque donnée. Le milieu de l’éducation, jusqu’alors accessible qu’à une élite financière qui avait les moyens de se la payer s’est ouvert pour devenir plus accessible.
Anciennement, le milieu de l’éducation formait des décideurs, des penseurs et des individus exerçant des professions dites nobles: Médecins, notaires, avocats, enseignants, prêtres, philosophes, etc. Mais suite aux grandes guerres, il s’est démocratisé pour devenir de plus en plus accessible à la classe moyenne. Qui se trouvait aussi à être le bassin de main d’oeuvre principal de nouvelles industries.
Des industries dont le nombre et la variété ont explosé au fur et à mesure que la technologie s’est développée. Nécessitant de plus en plus de techniciens et de professionnels dans toutes sortes de nouveaux champs de pratique, le milieu de l’éducation s’est réaligné en fonction de ces nouveaux besoins. Parce que l’éducation, même si elle relève de l’organisation et la gestion gouvernementale, demeure fortement financée, lorsque nous parlons de l’éducation supérieure (collèges et universités), par le milieu des affaires.
Or, qui dit financement, dit aussi orientation. Là où ira l’argent, ira la possibilité de nouvelles études, expériences ou le soutien de nouveaux moyens ou outils. À prime abord, nous pourrions croire que cela n’affecte que les universités et autres écoles spécialisées dans certains secteurs de pointe. Mais en fait, il n’en est rien. L’éducation supérieure est le cerveau et les autres paliers d’institutions situés en dessous, la moelle épinière, sur lesquel s’échafaudent le squelette de nos sociétés. Ils suivent le train des orientations prises par la tête dirigeante. Et pour qui a déjà eu à consulter un orienteur dans le milieu scolaire, nous avons tous/toutes constaté à différents degrés, que ceux-ci orientent comment?
En fonction des métiers et professions dits « d’avenir ».
J’ai passé la première moitié de mon cursus scolaire (primaire et secondaire) à voir le nombre d’heures allouées aux arts, à l’éducation physique ainsi qu’à l’histoire et la géographie diminuer. Pour permettre d’accorder plus de temps à l’enseignement des sciences, de l’anglais et du français. En corrélation avec un monde qui a décidé de mettre de plus en plus tous ses oeufs dans le même panier. Le panier de la consommation.
Dans un tel contexte, l’artiste, l’athlète et l’historien ont également perdu leur rôle premier, tout comme l’enseignant.
L’artiste n’est plus celui qui apporte de la beauté dans le monde ou incite à la réflexion parce que ses créations bousculent et dérangent. Il est une marionnette servant au divertissement d’une population qui en a bien besoin le soir et le week-end venus, après une dure journée/semaine de labeur.
L’athlète n’est plus une source d’inspiration et de dépassement. Il est une source de divertissement lui aussi, via les sports professionnels. Ou encore, il devient le représentant d’une image et de standards corporels à atteindre à l’intérieur d’un culte de beauté et de jeunesse éternelles.
L’historien n’est plus le gardien de la mémoire collective, mais celui qui véhicule la version de l’histoire qui se doit d’être racontée pour convenir aux besoins du moment. Ainsi si certains mots doivent être bannis et que certains pans de notre histoire choquent ou heurtent les sensibilités, ceux-ci devront être tus ou le narratif réinventé.
Et l’enseignant? Que devient-il dans tout ça?
La même chose que les autres. Il doit s’adapter à ce qui est demandé ou attendu. Et qu’est-ce qui est attendu ou demandé? Former de la main d’oeuvre, divertir celle-ci (parce ses efforts doivent tout de même être récompensés) et s’assurer qu’elle ne s’interroge pas trop ou veuille remettre l’ordre établi en cause.
Du pain et des jeux…1
Dans mon parcours scolaire, les enseignants qui m’ont le plus marquée, ce sont ceux qui ont su garder ma curiosité bien vivante. Je dirais même plus : Ils ont su l’alimenter et l’amener encore plus loin. Totalement ailleurs même parfois. Ce genre d’enseignant/e existe encore j’en suis persuadée. Mais je crois qu’ils/elles doivent être aussi parfois considérés comme des agents perturbateurs. Enfin, je ne sais pas mais je l’imagine assez facilement. Des « Monsieur Keating » comme dans La Société des poètes disparus2, il y en a toujours eu et il y en aura toujours.
Lorsqu’on parle de vocation, c’est de ça que l’on parle.
On parle de ce feu brûlant tout à l’intérieur qui vous porte dans une activité, au-delà des modes, des courants ou de ce qui est attendu ou souhaité de vous. Ce feu qui vous fait faire fi de tout sauf de « ça ». De cette voix et/ou appel intérieur, ce mouvement qui vous anime et vous porte. Qui emportent avec eux cette curiosité et une vivacité que vous cherchez à transmettre aux autres. Cela se traduit toujours par une action ou une activité bien sûr, mais à travers celles-ci, c’est vous, c’est votre essence que vous tentez de transmettre à l’autre.
Ce qui est souvent confondu avec de l’intensité.
Mais il n’en est rien.
C’est La Vie…
Tout simplement.
Dans un monde où l’intensité est dérangeante, parce que nous voudrions avoir de petits robots rationnels, qui ne pensent pas trop et qui ne vivent surtout pas trop d’émotions, parce que ÇA, c’est vraiment dérangeant, l’intensité a mauvaise presse. Par le passé, elle était l’adage des artistes, parce que ceux-ci étaient souvent perçus comme un peu marginaux et/ou dérangés. Mais comme eux aussi sont entrés dans le rang, le rang du divertissement, l’intensité a été repoussée encore plus loin.
Elle fait maintenant partie de ce que nous appelons les questions de santé mentale, les profils psychologiques ainsi que les troubles d’apprentissages.
Ainsi sont nés les empathes, les hypersensibles, les HPE, ceux/celles qui sont dans le spectre, ainsi que toutes ces étiquettes où nous aimons bien aujourd’hui reléguer ceux/celles qui vivent trop intensément. Ou ceux/celles qui n’arrivent pas à jouer leur rôle correctement.
Ainsi est née la neurodivergence…
Nous ne voulons surtout pas briser les rôles traditionnels. Vaut mieux briser les individus. Parce que l’individu est plus malléable et influençable que les façons de faire et les systèmes que nous avons créés. Aussi, il est plus facile de modifier le moule servant à fabriquer le rôle, que le rôle lui-même. C’est plus subtil, moins apparent et surtout… moins dérangeant. Nous donnons accès aux rôles à plus de gens ainsi qu’à une plus grande diversité apparente. Mais les choses doivent se faire en fonction du moule, et non pas en fonction de l’essence particulière des gens, leur couleur et leur feu intérieur.
Se faisant, nous éteignons et tuons celui-ci, lentement mais sûrement.
Lorsque j’étais juriste, je devais exercer ma profession à la manière d’un homme. Parce que le chemin avait été pavé par ceux-ci et qu’il n’y avait pas encore une juste représentation équitable des deux identités de genre dans la profession. Les façons de faire dites féminines, empreintes de plus de sensibilité et d’écoute étaient souvent perçues comme de la sensiblerie et/ou étaient considérées comme des pertes de temps. Sans compter qu’elles faisaient couramment l’objet de toutes sortes de tentatives de manipulation également.
Lorsqu’une femme prend sa place dans un milieu majoritairement masculin, elle devient rapidement une hystérique ou pire, une folle, si elle ose s’affirmer ou s’exprimer un peu trop directement. Là où l’homme est perçu comme un homme qui sait s’affirmer, la femme est perçue comme une « germaine » castrante et dominatrice. Je l’ai encore vu le week-end dernier après le passage de Magali Picard et Caroline Senneveille à l’émission TLM en parle3. Les commentaires dénigrants et dévalorisants ont après l’entrevue qu’elles y ont donnée ont fusé de toutes parts et pour plusieurs, les échanges corsés qu’elles ont eu avec Jean-François Roberge étaient agressifs. Une femme se doit d’être douce et de tenir son rôle.
Le rôle qui lui a traditionnellement été dévolu…
Le moule de chaque rôle est présent partout. Je l’ai rencontré aussi lors de mon passage dans le milieu artistique. Je devais entrer dans les standards et paramètres déterminés par les écoles d’arts lorsque venait le temps de faire de la comédie musicale. La façon de chanter, de bouger ou même de danser sur une scène était déjà « paramétrée » par une industrie du divertissement bien en place qui influençait l’ensemble de cette discipline.
Et lorsque je suis arrivée dans le milieu spirituel, j’ai vu la même chose. Des femmes et des hommes relégués à certains rôles bien spécifiques.
Les femmes sont généralement des guérisseuses, des mères aimantes et quelques fois, elles ont l’autorisation d’enseigner. Mais pas n’importe quoi et pas à n’importe qui. Certaines disciplines qui leur conviennent bien et qui permettent de continuer de véhiculer les rôles traditionnellement dévolus aux femmes dans ce milieu.
Leur zone d'enseignement se détermine en outre par leur représentation dans le milieu spécifique où elles peuvent agir. Ce sont donc des enseignantes de yoga, parce qu’on le sait tous/toutes, il y a beaucoup de « petites madames » qui pratiquent cette discipline. J’écris le « petites madames » ici avec le même ton dont cette expression fait preuve lorsque nous l’entendons dans l’espace public: C’est à dire de manière péjorative. Idem avec les pratiques rituelles. Cérémonies de cacao, cercles de paroles, etc. dans lesquelles sont cantonnées les femmes.
Quant aux hommes, ils sont encore les maîtres et enseignants d’un royaume où ils règnent en rois depuis plus de 1800 ans, avec l’émergence du christianisme. Un milieu où ils agissent en décideurs aussi. Ainsi, ils tiennent encore la pôle du milieu de l’enseignement, de l’organisation d’évènements ainsi que du milieu de l’édition, domaines névralgiques lorsqu’il est question d’éducation.
En fait, les gens tiennent souvent à faire une distinction entre religion et spiritualité. Ce qui vient avec l’image suivante, qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux:
Cette image est n’est pas représentative de la réalité et je vous propose plutôt celle-ci:
Vous avez les religions formelles et vous avez les religions informelles. La spiritualité, en tant que concept, représente un amalgame des deux.
Tout d’abord, parce que vous avez tout un tas de gens qui croient à certaines choses véhiculées par les religions, sans pratiquer leurs rituels ou adhérer à leurs dogmes. C’est le cas de nombreux catholiques, par exemple, qui adhèrent à certaines croyances du christianisme, sans pour autant être en accord avec la façon dont le Vatican gère ses affaires. J’ai vu la même chose avec l’Islam lorsque je suis allée en Turquie.
Ensuite, parce qu’il faut comprendre également que la spiritualité moderne, telle qu’elle se décline à l’heure actuelle en tant que marché où l’on peut beaucoup consommer et dépenser là aussi, est composée de l’éclatement des religions telles que nous les avons connues jusqu’au milieu du siècle dernier. Ainsi qu’à la ré-émergences des anciennes traditions du passé qui refont surface dans toutes sortes d’amalgames et de réarrangements qui sont à la hauteur de l’imagination dont l’humain sait faire preuve.
C’est un format, un moule que l’on tente de réarranger à notre convenance. Dans lequel les rôles traditionnellement dévolus aux individus depuis que l’homme est homme, se maintiennent et se perpétuent.
Dès que nous faisons de la spiritualité un concept, nous créons un champ de connaissances concomitant. Parce que c’est ainsi que l’esprit humain a été conditionné à faire.
Mais qu’est-ce qui est vraiment spirituel en fait? Et qu’est-ce qui ne l’est pas?
La spiritualité si nous nous élargissons notre vision, se rapproche beaucoup de la philosophie. Parce qu’elle relève beaucoup de la quête de sens et de la recherche de direction. Du sens et de la direction à donner à notre vie. Or, la direction dépend du sens et vice versa. Ce sont deux homonymes d’ailleurs.
Nous pressentons tous/toutes, à différents degrés, qu’il y a plus que ce que le monde nous propose et nous offre. Le monde étant ici la vision généralement proposée à une époque donnée ainsi que la compréhension qui vient avec.
Mais, tant que nous demeurons dans une vision et une compréhension proposée, nous demeurons limités par des oeillères invisibles. C’est pourquoi, la spiritualité demeure quelque chose d’intime, propre et excessivement personnel à chacun/e de nous. Quelque chose à faire naître et rencontrer en nous. Quelque chose que nous pouvons même créer et moduler en fonction de nos valeurs et besoins.
Ce qui explique aussi pourquoi nous ne pouvons l’enfermer dans des formats et des règles uniformément applicables à tous/toutes. Mais tant que nous travaillons avec du vieux matériel, nous ne créons rien de nouveau. Nous changeons le moule et le format de celui-ci mais nous ne le brisons pas.
Nous n’accédons pas à l’océan…
Dans l’ordre où vont les choses à l’heure actuelle, faut-il s’étonner de voir cette époque tenter de se redéfinir jusque dans l’identité de genre ?
Faut-il s’étonner de voir l’humain vouloir se lever pour dire « je ne suis pas celui/celle/yielle que vous voulez que je sois » ?
Faut-il s’étonner de le voir dire « je n’ai plus envie de jouer dans le scénario qui m’est proposé » ?
Les gens brûlent. De l’intérieur.
Ils étouffent et suffoquent de ne pas pouvoir vivre avec toute l’intensité dont ils pourraient être capables, si on leur en laissait simplement la chance. Ils meurent à petit feu et s’éteignent derrière des personnages fades et sans saveur. Parce qu’ils n’ont plus ou peu de contacts avec leur dimension spirituelle. Dimension qui a été presque totalement évacuée de nos vies tant elle croule sous le poids d’une lourde histoire remplie d’atrocités et d’enfermements.
J’ai vu la fadeur et la pâleur des rôles qui nous ont été imposés dans toutes les couches de la société qui m’a été donnée de pouvoir visiter, y compris au sein même du spirituel. Via cette image d’équanimité et de maîtrise sans faille que les modèles masculins de ce milieu tentent encore de véhiculer. Le maître zen et le sage de l’orient sont encore là à trôner un peu partout. Derrière l’image de douceur et de grande passivité véhiculée par les femmes aussi. Incapables d’intégrer leur animus4, tant il a été refoulé au fil des siècles derrière l’image de la Sainte et/ou de la Mère. Mâ Ananda Moyî5 est aujourd’hui tellement photoshoppée qu’elle en est rendue méconnaissable.
Même elle se doit d’être embellie pour correspondre aux standards de beauté de l’époque…
Le scénario et les comédiens semblent changer, mais le narratif et l’histoire eux ne changent pas. Mais parce que nous n’avons plus de professeurs d’histoires pour nous parler du passé, tel qu’il s’est vécu et non pas tel que nous aimerions qu’il se soit vécu, nous rejouons toujours le même scénario et nous imaginons l’avènement d’un matriarcat qui ne viendra pas.
Pas seulement parce que les hommes tentent bien humainement et normalement de contrôler un narratif qui joue en leur faveur. Tout le monde ferait pareil à leur place et si la femme souhaite le retour du matriarcat, c’est parce qu’elle a soif de pouvoir elle aussi…
Les femmes luttent contre les hommes, parce qu’elles les envient et souhaite accéder au pouvoir. Tout le féminin sacré vous parle ans cesse d’empuissancement, nouveau mot de notre vocabulaire spirituel. Mais tant qu’elles ne reconnaîtront pas le masculin en elles et tout ce qu’il porte de bon et de moins bon, rien ne bougera. Idem pour l’homme qui doit accepter son anima6 et faire la paix avec sa part de féminin.
Le combat extérieur cessera lorsque le combat intérieur se terminera.
Mais comme l’un dépend de l’autre, il y a une reconnaissance extérieure qui doit survenir. Celle qui demande à ce que nous nous reconnaissions comme des humains d’abord et avant tout. Des humains, au-delà de toutes les étiquettes, les rôles ou les identités que nous voulons nous attribuer.
Il faudra un jour ou l’autre casser le moule si nous voulons nous défaire ou revoir les rôles ainsi que le scénario.
Est-ce que cela viendra de l’apport du mouvement LGBTQ+ ? Heureusement que nous les avons pour venir mélanger les cartes et tenter de les redistribuer autrement. Mais eux aussi, luttent et combattent. Et pas toujours habilement malheureusement.
Comme nous tous/toutes, ils cherchent leur place. Or, chercher sa place dans un monde qui ne vous offre que quelques rôles et trop peu de scénarios, c’est difficile et souffrant. Que nous soyons il, elle ou yielle…
L’été dernier, j’ai eu de beaux échanges avec un enseignant de yoga, faisant partie de la communauté LGBTQ+. Il me disait à quel point il errait dans une philosophie et une approche tantrique dans laquelle, il se retrouvait toujours face aux même stéréotypes de genres. Entre le féminin sacré et le masculin divin, il ne se retrouvait ni dans l’un, ni dans l’autre. Nos échanges, bien qu’empreints de bienveillance et de respect, n’ont rien donné de concret en termes de retombées sur une collaboration éventuelle. Ce que cherchait à prime abord cette personne.
À l’issu de nos échanges, je lui ai présenté ma vision, lui ai expliqué la nature de mes services et nous sommes repartis chacun de notre côté. Je comprends parfaitement son hésitation parce que je l’ai vécue moi aussi, alors que je tentais de trouver ma place dans le milieu spirituel. Ce doute à s’impliquer encore avec des gens dans un milieu qui se dit ouvert, mais qui néanmoins cherche à vous cantonner dans des rôles que vous n’avez peut-être pas envie de jouer. Continuant de véhiculer de vieilles façons de penser et de faire qui proviennent d’un passé que l’on tente tantôt de perpétuer, tantôt d’effacer, on ne voit pas encore qu’il suffit simplement d’essayer de le comprendre et de l’apprivoiser. Élément nécessaire à toute personne qui tend vers un cheminement en conscience. C’est pourquoi, il faut parfois savoir quitter un milieu pour pouvoir véritablement se trouver. Parce que tant que vous demeurez accroché à celui-ci, vous demeurez cantonné aux rôles qui vous sont proposés par celui-ci.
La curiosité, cet élément si important et précieux lorsqu’il est question de cheminement, s’éteint lentement mais sûrement parce que nous vivons de trop de confort et d’une présumée connaissance qui nous est accessible en un claquement de doigts via le numérique.
Que devient le rôle de l’enseignant dans tout ça ?
Ce rôle qui consistait à souffler sur la braise du feu de la vie qui sommeille en chacun de nous afin de nous porter plus loin ?
L’enseignant véritable ne transmet pas un savoir ou une connaissance, des outils ni même des rituels.
Il transmet le feu de la passion qui l’anime. Il transmet l’amour pour son métier, son art, ou ce qu’il fait. Peu importe de quoi il s’agit.
Ce feu peut allumer, rallumer, aviver ou faire grandir celui/celle qui le rencontre. Il peut permettre de trouver à notre tour notre passion, notre moteur et notre carburant.
C’est l’amour qui fait bouger le monde et le met en mouvement.
Ces ce que mes enseignants marquants m’ont transmis. Que ce soit lorsque j’étais enfant et adolescente et que j’ai découvert ma passion pour les arts. Que ce soit lorsque j’étais à l’université en droit ou plus tard, dans mes cours de chant et d’arts de la scène à pratiquer mon art comme passion complémentaire à ma profession. Que ce soit avec mon conjoint qui a été le meilleur enseignant que je ne pouvais pas rencontrer dans le milieu des affaires, ou encore, lorsque je me suis retrouvée face à mon premier enseignant spirituel et que j’ai senti, tout au fond de moi un calling si puissant que j’en ai été terriblement effrayée.
Parce que oui, la puissance, ça peut aussi être effrayant et lourd à porter lorsqu’on est seul/e avec et qu’on ne peut la partager comme on le souhaiterait. C’est pourquoi on doit s’abandonner à cette puissance en soi, plutôt que de tenter de la contrôler ou vouloir la maîtriser.
On doit faire confiance à celle-ci parce que c’est elle qui nous porte et nous guide sur notre chemin.
Si le pouvoir, l’action et la confiance sont associés à l’essence dite masculine, la réception, le lâcher-prise et l’amour eux, sont les attributs de l’essence dite féminine. Mais tout ça, ce ne sont que des mots apposés sur des identités de genre qui ne sont pas limités à l’essence à laquelle on les associe. Ce sont des attributs que nous portons tous et toutes en nous, peu importe notre identité de genre ou l’absence de celle-ci.
C’est pourquoi il faut savoir unir tous ces aspects en nous si nous voulons pouvoir faire preuve de sagesse et de discernement dans ce qu’il est convenu d’appeler l’exercice du pouvoir.
« Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités.7 »
Notre responsabilité c’est d’entretenir le feu et de faire en sorte qu’il ne s’éteigne jamais.
L’enseignant c’est le feu lui-même. Il se transmet, peu importe nos actions ou notre activité. Il se transmet malgré nous tout autant qu’au-delà de nous. Parce qu’il est relié à ce que nous sommes d’abord et avant tout et subsidiairement à ce que nous faisons.
Mais aujourd’hui, tout cela se perd dans les méandres intellectuelles d’informations et d’enseignements nébuleux offerts sur les réseaux sociaux, par des gens qui sont motivés par un devenir quelconque ou la nécessité de faire de l’argent.
Nous sommes dans une ère de divertissement où l’authenticité est confondue avec la nécessité de se donner en spectacle. Partageant chaque tranche de vie comme si c’était la dernière, les gourous de notre époque moderne se bâtissent une image de marque d’abord, au moyen de ce que nous appelons le story-telling8. Ce qui leur permettra subséquemment, d’offrir des cours, des techniques, des outils, des rituels, du coaching and so on, pour conduire les gens vers une pseudo-connaissance constituée de matériel recyclé.
La vie ne s’apprend pas.
Elle s’expérimente, se ressent, se propage, se transmet…
Avec curiosité et intensité.
L’expression est tirée du vers 81 de la Satire X du poète satirique latin Juvénal, qui lui donne un sens péjoratif. Elle dénonce le fait que ses compatriotes ne se préoccupent plus que de leur estomac et de leurs loisirs, du fait de la distribution de pain et l’organisation de jeux du cirque par les empereurs dans le but de s’attirer la bienveillance du peuple. (Source: Wikipédia)
Le Cercle des poètes disparus ou La Société des poètes disparus au Québec (Dead Poets Society) est un film américain réalisé par Peter Weir, sorti en 1989.
https://www.ledevoir.com/actualites/937938/bloc-uni-ftq-csn-contre-reforme-boulet-tout-monde-parle
L’animus est, pour le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, créateur de la psychologie analytique, la part masculine de la femme. Il s’agit d’un archétype, donc d’une formation de l’inconscient collectif, qui a son pendant chez l’homme : l’anima. Cet archétype se manifeste tout au long de la vie, projeté inconsciemment, d’abord sur le parent du sexe opposé, puis sur les personnes rencontrées auxquelles sont alors prêtées les caractéristiques de cette image. (Source: Wikipédia)
Nirmalâ Sundari Devî (30 avril 1896 à Kheora en Inde, (aujourd’hui au Bangladesh) - Kishanpur, 27 août 1982), plus tard nommée Mâ Ananda Moyî par Jyotish Chandra Ray ou Mâ Ananda Mayî, Sri Anandamayi Ma, est considérée dans l’hindouisme comme une grande sainte de l’Inde du XXe siècle, et perçue par ses disciples comme un avatar. (Source: Wikipédia)
Voir note 4.
« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » est un adage repris périodiquement à travers les âges par toutes sortes d’acteurs sociaux. À notre époque, la paraphrase est popularisée par son utilisation dans plusieurs représentations médiatiques du superhéros Spider-Man.
Le storytelling est une technique de communication qui utilise des récits structurés pour transmettre des messages, influencer des audiences et créer des connexions émotionnelles. Il s’appuie sur des éléments narratifs tels que les personnages, le conflit et la résolution pour engager le public. (Source: https://www.republik-event.fr/definition/storytelling-art-de-captiver.html#:~:text=Comment%20d%C3%A9finir%20le%20STORYTELLING%20?,r%C3%A9solution%20pour%20engager%20le%20public )





Très intéressant et pertinent. Plus le temps passe et plus j'ai l'impression que trop de gens se tournent vers le numérique pour trouver des enseignants plutôt que vers l'humanité, vers l'organique et cela m'inquiéte...